Le plaisir

Que se passe-t-il dans notre vie, dans notre manière d'être au monde, lorsque nous arrêtons de fumer, que nous renonçons à ce plaisir là ? Et comment y remédier ? 

Au jour le jour, à la semaine, nous avons tous besoin d'une certaine dose de plaisir pour rester de suffisamment bonne humeur, pour ne pas exhaler sur notre entourage un excès de frustration, se sentir déprimés ou développer des troubles somatiques, en rapport avec un excès de tensions. Alors que se passe-t-il lorsque nous arrêtons de fumer, que nous renonçons à ce plaisir là, et comment y remédier ?

 

Nos plaisirs correspondent bien sûr à ce pourquoi nous avons été génétiquement programmés – survivre et se reproduire - mais sont aussi liés à notre éducation et nos trouvailles. Fumer est un plaisir, à n'en point douter. Un plaisir qui se greffe sur le plaisir de bouche et qui comme lui peut aller jusqu'à réguler notre humeur, compenser nos frustrations, nous aider à tolérer nos déplaisirs. Fumer titille notre "circuiterie" cérébrale dite de la récompense. Et comme toutes les substances et les comportements qui font cela, fumer peut devenir LA source de notre plaisir, son incontournable centre, ce par quoi il advient essentiellement. Le risque en est l'appauvrissement progressif des autres sources, son tarissement. Exit le plaisir d'ouvrir les volets au petit matin et de sentir la fraiche rosée qui vous embaume les narines. Exit le plaisir des efforts physiques. Exit 1001 petits plaisirs qui sont devenus dérisoires, ou simplement superfétatoires, superflus. Le danger en est qu'évidemment se couper de ce plaisir tient alors de l'amputation majeure, de la perte massive, de l'hémorragie hédonique. Comment supporter un tel dépeuplement dans le paysage psychique ? Rien que d'y penser, de l'envisager, votre corps anticipe souffrances frustrations pertes de sens et tristesse. A tel point que ça vous paraît à peine réalisable, ou que lorsque vous l'entamez, vous y renoncer rapidement.

 

Alors, une des clefs de l'arrêt du tabagisme, c'est bien sûr le retour à la variété, à une certaine pluralité des plaisirs, comme une assiette qui ne s'arrêterait pas à l'éternelle répétition d'un même plat tous les jours, matin, midi et soir. Parmi les plaisirs partagés et les plaisirs solitaires, les plaisirs de corps et les plaisirs de tête, les plaisirs d'évènement et les plaisirs d'état… n'hésitez pas ! Faite votre marché largement ! Ne vous arrêtez pas à un seul d'entre eux !