Les substituts nicotiniques

Bien connaître les manifestations psychiques et physiques du manque en nicotine est capital. Cela permet de les supprimer par un traitement substitutif, ou de mieux y faire face.

Lorsque vous arrêtez de fumer, les premières manifestations qui peuvent vous pousser à rallumer une cigarette sont liées au manque de nicotine dans votre organisme. Si certaines de ces manifestations sont facilement identifiables, il n'en n'est pas de même pour toutes. Ces dernières n'en n'ont pas moins de pouvoir pour autant. Il est donc capital de les connaître afin de les reconnaître et d'enclencher un traitement ou d'adapter le dosage d'un traitement substitutif nicotinique si besoin.

 

Songez à cette idée fugace, qui se transforme en envie pressante, pour finalement dévoiler, pour peu que vous n'y cédiez pas, un besoin quasi irrépressible de tirer goulument sur ce cylindre blanc de papier et de tabac. Vous savez pertinemment que la fumée va bientôt, tel un baume apaisant la douleur, tapisser le fond de votre gorge, emplir vos alvéoles et éteindre l'incendie qui allait ravager votre néocortex : il me faut une cigarette ! Il me faut une cigarette ! Il me faut une cigarette… Cette injonction obsédante, qui a au moins le mérite de dire son nom, est bien sûr une des premières manifestations du manque en nicotine. Mais la plupart des manifestations de ce manque sont plus sournoises et ne sont pas aussi aisément repérables, attribuables. Elles peuvent vous cueillir sous la forme d'une tension intérieure désagréable, d'un agacement, d'une irritabilité, facilitant l'éclosion de fortes colères. Et vous subodorez, au fond de vous même, au moins au stade de la tension, ces manifestations comme plus ou moins reliées à l'absence de votre doux poison. Mais parvenu au stade de la colère, vous adhérerez fermement au contenu de votre emportement, et discernerez beaucoup moins bien son lien fondamental avec l'inadéquation entre l'apport et le besoin en nicotine de votre organisme. Votre entourage, lui, s'y trompe moins : "Tu ferais mieux de reprendre une cigarette, parce que là t'es pas vivable !" ou "Ce n'est pas parce que t'arrêtes de fumer qu'il faut que tous le monde en profite !", pour ne garder que les versions les plus édulcorées. Mais ce manque peut aussi se révéler sous des masques encore plus inattendus : ce peut être une simple anxiété, diffuse mais plombante, un manque de concentration, une fébrilité, espèce d'agitation intérieure qui vous fait vous tordre les doigts, mordre les peaux, ronger les ongles, faire les cent pas, greloter de froid, de faim, ou finalement vous ne savez pas de quoi. Toujours est-il que vous avez du mal à accomlir correctement votre travail et que vous ressentez une espèce de mal être de fond. Redoutable aussi cette humeur maussade, morose, puis dépressive, qui vous fait penser que si la vie sans tabac doit être aussi triste, vous préférez encore, même si tenaillé-e par la culpabilité au début, prendre le risque de fumer et assumer les problèmes liés au tabagisme. Vous ne tardez pas alors à vous réjouir d'en allumer une, jusqu'au moment où vous recommencerez à culpabiliser... Ce peut être encore une sérieuse tendance à l'insomnie, qui vous rend hagard au petit matin et va générer son lot de complications dans la journée. Ne parlons pas de cette radicale augmentation de l'appétit, qui vous pousse particulièrement vers les sucreries, vous fait redouter une sérieuses prise de poids, et renoncer à votre serment dès les premiers kilos sur la balance.

 

Alors, avouez que ce n'est pas du luxe que d'arriver à largement diminuer, voire supprimer, l'ensemble de ces signes, sachant qu'à partir du moment où vous démarrez votre arrêt de tabac, ils sont maximum pendant six jours, puis qu'ils vont decrescendo pendant un à trois mois. La présence de trois d'entre eux, parmi l'humeur dépressive, l'insomnie, l'iirritabilité, l'anxiété, les difficultés de concentration, l'agitation, le ralentissement du pouls, l'augmentation de l'appétit et la prise rapide de poids, suffit à caractériser le syndrome de manque lié au sevrage en nicotine. Oui, vous avez bien compris, l'ensemble de ces redoutables et incontournables signes peut être diminué, voire supprimé, par le simple recours à des substituts nicotiniques à des dosages adaptés, qui permettent, par un apport dégressif contrôlé en nicotine, de ramener l'organisme vers un fonctionnement nicotinique plus physiologique, plus naturel. C'est pas mal quand même ! C'est même la plus grosse révolution que le sevrage tabagique ait connu jusqu'à ce jour ! Alors, n'hésitez pas ! Le parcours du sevrage tabagique est suffisamment long et semé d'embuches pour ne pas vous doter d'attributs qui peuvent vous aider.

D'un point de vue pratique, sachez que les substituts nicotiniques en vente libre se présentent essentiellement sous quatre formes : les patchs, les gommes, les comprimés sublinguaux et les inhaleurs.

 

LES PATCHS :

 

Ce sont ces espèces de timbres que vous devez vous coller tous les jours sur la peau, si possible après la douche, en variant d'un jour à l'autre la zone de collage. Ils constituent la colonne vertébrale de la substitution nicotinique. Ils existent sous forme de réservoir ou de gel, selon que vous fumez dès la première heure de réveil ou non, et comprennent 3 dosages : 7 mg/24h ou 5 mg/16h pour le plus petit, 14 mg/24h ou 10 mg/16h, pour le moyen, et 21 mg/24h ou 15 mg/16h pour le plus grand. Certaines personnes, s'ils n'ont pas de nicotine la nuit, auront tendance à faire de l'insomnie ou avoir de fortes envies de fumer. Ce sont alors les formes à délivrance par 24 heures qui seront les plus adaptées. Quand d'autres, au contraire, auront avec la délivrance nocturne de nicotine des insomnies ou des nuits vraiment trop agitées, remplies de cauchemars. Ce sera à ce moment là les formes à délivrance sur 16 heures qui seront les plus adaptées. Il peut être intéressant, à cause de cela, d'acheter d'abord une boite de 7 patchs, pour savoir si pour vous c'est plus adapté d'avoir le patch la nuit ou pas.

 

LES GOMMES :

 

Elles ressemblent à de gros chewing-gums et doivent être mâchées quatre à cinq fois, avant d'être calées dans un coin de la bouche, toutes les 10 minutes, au moment où vous avez envie de fumer. Elles sont dosées à 2 ou 4 mg de nicotine. Elles peuvent constituer un appoint, en plus du patch, chez les fumeurs ayant une très fortes dépendance en nicotine et qui en dépit du patch connaissent de grands moments d'inconfort liés au sevrage nicotinique. Elles peuvent aussi être utilisées seules.

 

LES COMPRIMÉS SUBLINGUAUX :

 

dosés à 2 mg, fondent progressivement sous la langue, prennent très peu de place en bouche et sont faciles d'utilisation. Ils peuvent constituer un appoint, en plus du patch, chez les fumeurs ayant une très fortes dépendance en nicotine et qui en dépit du patch connaissent de grands moments d'inconfort liés au sevrage nicotinique. Ils peuvent aussi être pris seuls

 

LES INHALEURS :

 

Ils contiennent 10 mg de nicotine et sont à utiliser par exemple pour les trajets en avion, où une inhalation toutes les deux heures suffit à se maintenir à distance des symptômes de sevrage. Reproduire le geste de fumer peut être important psychologiquement.

Bref, par rapport à ces quatre produits de substitution nicotinique, nous avons dégagés à titre indicatif, et non prescriptif, des schémas d'usage. Et lorsque vous avez renseigné votre questionnaire d'implémentation, en fonction des réponses que vous avez fournies, l'un d'eux vous a été présenté. Sachez cependant que vous pouvez bénéficiez d'une prescription de ces substituts par votre pharmacien, votre médecin traitant ou un centre de tabacologie. Ces substituts ne nécessitent pas d'ordonnance pour que votre pharmacien vous les délivre.

Autrement, il existe aussi dans le chapitre de la substitution nicotinique, le Champix (varenicline)… mais ce produit est réservé à la prescription médicale et semble plus délicat d'usage que les produits présentés plus haut.

D'un point de vue pratique, sachez que le surdosage de substituts nicotiniques est plutôt rare, mais qu'il existe. Il se reconnaît par une sensation de dégoût total du tabac, un goût désagréable dans la bouche, des maux de tête, des vertiges, des insomnies, une augmentation du rythme cardiaque, des nausées, une fébrilité intestinale, voire des diarrhées. En cas de surdosage, il suffit généralement d'enlever son patch ou de cracher sa gomme ou sa pastille de nicotine.
Le sous-dosage est par contre bien plus fréquent. Ce sont alors les symptômes de sevrage qui apparaissent, et on risque de faire une rechute. Là aussi, le besoin de fumer ou pas, au milieu des autres signes, est un bon indicateur. Face à ce genre de doutes, il peut être judicieux de consulter votre médecin traitant, d'en discuter avec votre pharmacien ou le centre de tabacologie le plus proche (se reporter à la géolocalisation sur la carte de ces points).

La durée le plus souvent recommandée du traitement avec les substituts nicotiniques est de 1 mois à 3 mois, même si on se sent bien plus tôt. L'arrêt précoce du traitement substitutif est en effet une des plus grandes causes d'échec du sevrage tabagique. Il est aussi souvent préconisé de faire un arrêt progressif du traitement substitutif nicotinique, c'est à dire de passer par une forme de plus faible dosage avant l'arrêt (du 7 mg/24h après du 14 par exemple), histoire de laisser à l'organisme le temps d'augmenter sa synthèse personnelle en nicotine et en récepteurs à la nicotine.

Pour terminer, sachez qu'il peut être prudent de conserver, pendant les quelques mois qui suivent l'arrêt des substituts nicotiniques, des patchs, des gommes ou des comprimés sublinguaux, à la maison, dans votre sac ou dans votre voiture : on ne sait jamais, au cas où.