Evolution de la mortalité liée au tabac

En 2000, 12% de la mortalité des adultes de plus de 30 ans est attribuable au tabac : 55% de ces morts survenant entre 30 et 60 ans. Cette mortalité, prématurée et évitable, est en pleine augmentation, et touche de plus en plus les femmes.

Comment  a évolué la mortalité liée au tabac ces 50 dernières années ?

 

(Tiré des analyses du Centre de Documentation et de Recherche en Médecine Générale. Société Savante de l'UNAFORMEC Numéro 358 du 7 octobre 2004)

 

Si la responsabilité du tabac dans le cancer du poumon a été la première prouvée, il a été montré par la suite que le tabac est aussi un important facteur de risque de morbidité et de mortalité pour d’autres maladies respiratoires et cardiovasculaires. Le bilan à 50 ans de l’étude pilote concernant le suivi de 34 439 médecins anglais vient d’être publié (1). Parallèlement à cette étude longitudinale, une estimation de la mortalité globale attribuable au tabac dans le monde en 2000 vient d’être publiée dans le Lancet (2). La présentation parallèle de ces deux études est instructive pour apprécier la situation actuelle et ses tendances d’avenir.

 

1) 34 439 médecins anglais (1) suivis pendant 50 ans

 

En 1951, tous les médecins anglais hommes ont reçu un questionnaire sur leurs habitudes tabagiques ; 2/3 (34 439) ont répondu. Après 50 ans de suivi, les données ont pu être obtenues pour 31 496 : 10 118 nés avant 1900, les autres entre 1900 et 1930. Au 1er novembre 2001, 5 902 étaient vivants, et 25 436 décédés.

- La mortalité des fumeurs par rapport aux non fumeurs (pour 1000 hommes/an) est presque doublée chez les fumeurs (34,5 vs 19,3), triplée chez les gros fumeurs (45,3 vs 19,3). L’excès de mortalité était due pour 1/4  au cancer du poumon et à la BPCO, 1/4 aux cardiopathies ischémiques, le reste aux autres cancers, maladies respiratoires ou vasculaires.

- Le risque relatif (RR) de mortalité, fumeur vs non fumeur, a augmenté au fil des années. Il était chez ceux nés avant 1900, de 1,46 (excès de mortalité de 46%) et 1,83 pour les gros fumeurs ; chez ceux nés entre 1900 et 1930, de 2,19 (excès de mortalité de 119%) et 2,61 pour les gros fumeurs. A 70 ans, les fumeurs nés entre 1900 et 1910 avaient une espérance de vie réduite de 18% vis à vis des non fumeurs (58% vs 76% en vie à 70 ans) ; pour ceux nés entre 1920 et 1930 la réduction était de 28% (57% vs 85%). Par rapport aux non fumeurs, le RR de mortalité est passé au fil des années du double au triple chez les fumeurs.

- D’importants bénéfices en rapport avec l’arrêt du tabac.  Une  forte  proportion  de  fumeurs  en 1951 ont arrêté le tabac durant l’étude. Le gain d’espérance de vie est de 10 ans pour un arrêt avant 40 ans (espérance de vie similaire à celle des non fumeurs), 9 ans à 40 ans, 6 ans à 50 ans, et encore 3 ans à 60 ans.

 

2) La mortalité due au tabac en 2000

 

Une étude de la Harvard School of Public Health a cherché à estimer la mortalité attribuable au tabac de façon globale et selon les divers pays pour l’année 2000. Globalement, en 2000, 12% de la mortalité des adultes de plus de 30 ans est attribuable au tabac : 18% chez les hommes, 5% chez les femmes, 55% de ces morts survenant entre 30 et 60 ans, importante mortalité prématurée évitable. Cette mortalité due au tabac est plus élevée dans les pays industrialisés (19% des adultes, 28% chez les hommes et 9% chez les femmes) que dans les pays en développement (9% des adultes, 14% chez les hommes, 0,38% chez les femmes). Elle est particulièrement élevée dans l’ex Union Soviétique et en Amérique du Nord.

La responsabilité du tabac dans la mortalité est la plus apparente pour le cancer du poumon : 71% des décès par ce cancer lui sont attribuables (91% pour les hommes des pays industrialisés). Cette responsabilité est retrouvée dans 22% des décès pour l’ensemble des cancers (33% chez les hommes, 8% chez les femmes) et dans 11% de la mortalité cardiovasculaire de l’adulte (17% chez les hommes, 4% chez les femmes). Mais en chiffre absolu, les maladies cardio-vasculaires sont au premier rang parmi les morts liées au tabac : 35% de la mortalité attribuable au tabac, autant chez les hommes que chez les femmes, contre 32% pour l’ensemble des cancers.

 

Ces deux études sont concordantes et complémentaires, confirmant la responsabilité du tabac pour les cancers et des maladies respiratoires, mais plus encore pour les maladies cardiovasculaires. Elles montrent que le tabac, à lui seul, annule le bénéfice sur l’espérance de vie de tout le progrès médical de ces 50 dernières années.

 

L’arrêt du tabagisme, d’autant plus bénéfique qu’il est précoce, le reste même en cas d’arrêt tardif.

 

Le plus impressionnant est l’évolution du risque, qui va en croissant dans les pays industrialisés, particulièrement chez la femme. Aux USA, le taux de cancers du poumon chez la femme a cru de 600% en 60 ans, plaçant ce cancer au premier rang, à égalité des cancers du sein et gynécologiques associés (3). Un quart des femmes américaines continuent malgré tout à fumer. En France, l’augmentation du tabagisme féminin (4), aussi impressionnante, est associée à une augmentation de l’incidence du cancer du poumon (5). Mais quel est le poids réel de ces notions dans la communication avec le fumeur (6) ?

 

Références :

 

1 –Doll R, Peto R et al. Mortality in relation to smoking : 50 years’ observations on male british doctors.

BMJ 2004 : 328 : 1319-33.

2 – Ezzati M, Lopez AD. Estimates of global mortality attribuable to smoking in 2000. Lancet 2003 ; 362 : 847-

52.

3 – Patel JD, Bach PB, Kris MG. Lung cancer in US women. JAMA 2004 ;

291 : 1763-8.

4 –  Collectif. Données actuelles sur l’expérimentation et la consommation

des psycho-actifs chez les jeunes en France. Bibliomed 2003 : 296.

5 - Mennecier B, Quoix E. Cancer bronchique: une actualité très riche.

Rev Prat MG 2003;17 :  1411-3.

6 – Collectif. La communication avec le patient à propos du tabagisme.

Bibliomed 2000 : 180.