Tabagisme, anxiété et dépression

Les ex-fumeurs sont moins anxieux que les fumeurs et non fumeurs.

"ON NE DEVIENT PAS NON FUMEUR, MAIS EX-FUMEUR." 
(Etude de Molimard, sur 46 Non-fumeurs, 46 Fumeurs consultant, 46 Fumeurs tout-venant, 25 Ex-fumeurs, 1994).

CHEZ LES ADOS...

  • Principale motivation à fumer = relaxation  (H. Chabroll, 2000, sur 342 adolescents). 
  • Les dépendants nicotiniques, contrairement aux consommateurs occasionnels, présentent des troubles dépressifs et anxieux (Breslau, 1991, sur 1007 jeunes adultes).
  • Une forte anxiété constitutionnelle (trait anxiety) ne prédispose pas au tabagisme. Elle pousse à l’arrêt, ne le favorise pas. (Y. Takemura, 1999, sur 2669 jeunes hommes japonais).
  • La dépression et l’anxiété prédisent l’expérimentation du tabac, mais uniquement si les copains fument. (GC Patton, 1998, sur 2032 adolescents de 14-15 ans suivis pendant 3 ans).
  • Pas de différence au niveau de l'échelle d'anxiété et de dépression (HAD) entre fumeurs et non-fumeurs ; seuls les mauvais élèves fument pour « se relaxer» (C. Zacharie, 1992, sur 95 lycéens)
  • Chez les adolescents, les fumeurs de plus d'un paquet par jour ont 6,8 fois plus de chances d'être agoraphobiques,  5,5 fois plus d'avoir une anxiété généralisée et 15,6 fois plus d'avoir des troubles paniques.  Mais ces troubles ne prédisposent aucunement à l'installation définitive d'un tabagisme à l'âge adulte (Johnson JG, Cohen P, Pine DS, Klein DF, Kasen S, Brook JS: Association between cigarette smoking an anxiety disorders during adolescence and early adulthood. JAMA (2000)284: 2348-51).
 

CHEZ LES ADULTES...

 

  • Les gros fumeurs à haute sensibilité anxieuse utilisent davantage de mécanismes de défense liés à l’évitement et à l’anticipation de situations anxiogènes (McLeish (2006) sur 125 fumeurs ).
  • Fumer à l’adolescence est lié à une augmentation du risque d’attaques de panique et de troubles panique chez le jeune adulte (Goodwin (2005) sur 1709 sujets ado -> adultes).
  • Il existe une association claire entre les troubles anxio-dépressifs et un niveau élevé de dépendance tabagique (Fakhfakh, 2003, sur 72 fumeurs hospitalisés pour abstinence tabagique).
  •  Fumer est spécifiquement lié au trouble panique uniquement et non aux autres troubles de l’anxiété (TOC, phobie sociale, agoraphobie) (Zvolensky, 2003 ; McCabe, 2004 et Morissette, 2006).
  •  A l'arrêt d'administration chronique de nicotine, les rats ne montrent pas d'anxiété au test d'interaction sociale Irvine (2001).
  • Après 3 et 6 mois, les patients qui maintiennent leur abstinence ont obtenu, à la baseline, des scores d’anxiété plus élevés que ceux qui fument encore
    Sampablo Lauro (2002) sur 50 patients sous Bupropion
  •  4 semaines après l'arrêt du tabac, le niveau d'anxiété des fumeurs diminue (West R,  Hajek P: What happens to anxiety levels on giving up smoking ? Am. J. Psychiatry, 1997, 154: 1589-92).
  • Après 4 semaines d’arrêt, les scores d’anxiété et de dépression sont déjà significativement plus bas (70 sujets, STAI, échelle d'humeur et symptômes physiques, West et Hajek, 1999)
  • A dose modérée, la nicotine  diminue   la dépression
  • A dose élevée (dépendance), la nicotine  augmente la dépression
  • Pas d’arrêt envisageable chez les « grands » dépressifs,
  • Si arrêt, la dépression diminue
    Il est erroné d’affirmer que les fumeurs sont anxieux. L’arrêt du tabac est lié à l’anxiété du fumeur. Rendre le fumeur anxieux motiverait ce dernier à arrêter la consommation de tabac. Les ex-fumeurs sont moins anxieux que les fumeurs et non fumeurs. "ON NE DEVIENT PAS NON FUMEUR, MAIS EX-FUMEUR.
    (Etude de Molimard, sur 46 Non-fumeurs, 46 Fumeurs consultant, 46 Fumeurs tout-venant, 25 Ex-fumeurs, 1994).
  •  La nicotine stimule la zone réticulée activatrice : cela provoque une vigilance accrue et une hypertonie musculaire. Mais l'interneurone de Renshaw porte des récepteurs cholinergiques nicotiniques : la nicotine provoque une relaxation musculaire. Le fumeur se sent psychiquement stimulé, et dans le même temps, il perçoit une réelle relaxation musculaire. Pour la prévention et l'arrêt du tabac, chercher d'autres modes de relaxation : mini-relaxations et activités vicariantes. (Mollimard, 2004).
  •  Apprendre à faire face à des assauts de besoin : mini relaxations, auto-massages de l'oreille ou des mains (Hernandez-Reif et coll., 1999)
  • Les individus dépressifs (76 %) sont plus dépendants à la nicotine que ceux qui n’ont jamais souffert de dépression (52 %) (Bayingana K. , Tafforeau J., 2002).
  • La relation de comorbidité entre la dépression majeure et le tabagisme n'existe que quand il y a un diagnostic de dépendance à la nicotine. Le taux de dépression majeure n'est pas significativement augmenté chez les fumeurs non dépendants par rapport aux non-fumeurs (Breslau, Kilbey,1991)
  • Le risque suicidaire est plus important chez le fumeur : 2 fois plus de tentatives de suicide chez le fumeur. Le nombre de tentatives de suicide est multiplié par 2 chez les fumeuses de moins de 25 cig./j et par 4 si le tabagisme dépasse 25 cig. /j (Tanskanen, 2001; Hemenway, 1993).
  •  La prévalence de la dépression chez les patients consultants pour une aide à l’arrêt du tabac est  22%. Moins grande fréquence d’ex-fumeurs chez les personnes avec des antécédents de dépression (14% vs 28%) (Glassman, 1990).
  • L’arrêt du tabac est plus difficile chez les personnes aux antécédents de dépression  (10% vs 18%) (Anda, 1990).
  •  Sous certaines conditions, la nicotine peut agir comme un antidépresseur et un anxiolytique. Mais en cas d’usage chronique, les adaptations neurobiologiques à la nicotine peuvent induire une augmentation de l’anxiété et de la dépression Picciotto (2002).
  • Les patients qui refument après un mois sont ceux qui présentaient un score de dépression plus élevé à la baseline (Sampablo Lauro, 2002, sur 50 patients sous Bupropion).
  •  Le fait d’être un fumeur régulier est dû à plus de 60% à notre patrimoine génétique. Un gène particulier, appelé CYP2A, contrôlerait la rapidité avec laquelle la nicotine est métabolisée.
  • Même si les fumeurs ne sont pas tous dépressifs, il y a une proportion plus importante de dépressifs tant chez l’ado que chez l’adulte fumeur
  • A dose modérée, la nicotine a des effets antidépressifs.
  • Si le patient présente des symptômes dépressifs, d’abord soigner la dépression avant d’envisager l’arrêt du tabac
  • Pour tous les sujets, si abstinence de 3 mois, le score de dépression chute considérablement.

d'après les données "Dépression, Anxiété et Tabac" de David Tordeurs, Docteur en Psychologie - Psychothérapeute - Cliniques universitaires UCL Mont-Godinn.